mercredi 26 septembre 2007

L'énergie dans le monde d'ici à 2020 : perspectives et défis

Quelles sont les principales tendances de l’offre et de la demande mondiales d’énergie envisageables pour les deux prochaines décennies ? Les prévisions de l’AIE font ressortir certains défis fondamentaux auxquels sont confrontés les gouvernements.

Il y a deux façons d’envisager l’avenir de l’offre et de la demande d’énergie et d’en étudier les conséquences. L’une consiste à tabler sur le maintien du statu quo : l’on n’adoptera pas de nouvelles politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. L’autre mise sur une adaptation des politiques énergétiques en vigueur avant la conférence de Kyoto de décembre 1997 pour s’attaquer aux problèmes de la pollution et du changement climatique. Cette conférence a débouché sur un protocole à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui oblige les pays développés (sous réserve de son entrée en vigueur) à réduire globalement de 5 % environ, par rapport aux niveaux de 1990, les émissions de six gaz à effet de serre (GES) d’ici à des échéances se situant entre 2008 et 2012. Kyoto exercera sans doute une influence sur l’offre et la demande futures d’énergie, mais pour comprendre comment cela se fera, il serait intéressant de se pencher sur le scénario qui table sur des politiques inchangées.


Poussée des émissions

Si les politiques énergétiques en vigueur aujourd’hui demeuraient inchangées, la demande mondiale d’énergie augmenterait de 65 %, et les émissions de dioxyde de carbone (CO2) d’au moins 70 %, entre 1995 et 2020. Cette hausse très rapide repose sur l’hypothèse d’un taux de croissance économique mondiale de 3,1 % par an, calculé sur la base du dollar des États-Unis de 1990 et corrigé pour tenir compte des parités de pouvoir d’achat : ce taux n’a rien d’exceptionnel, puisqu’il avoisine celui enregistré depuis 1971. Il est en revanche frappant de noter que les deux tiers de l’accroissement de la demande d’énergie entre 1995 et 2020 seront le fait de la Chine et des autres pays en développement. Les émissions de CO2 devraient donc s’accroître, selon ce scénario, sous l’effet de la stabilisation de la production électronucléaire de par le monde, et de la croissance rapide et ininterrompue de la consommation de charbon en Chine et dans d’autres pays d’Asie.

Le premier graphique donne un aperçu des prévisions de l’AIE concernant la demande mondiale d’énergie, par source, en cas de politiques inchangées. Le pétrole continue à occuper une place prédominante dans la consommation mondiale d’énergie, et la part du total revenant à son utilisation dans les transports s’accroît. La consommation de gaz augmente et se rapproche de la consommation de charbon. Le graphique montre aussi que l’hydroélectricité et les énergies renouvelables progressent régulièrement, mais que leur utilisation reste faible. Quant à l’énergie nucléaire, sa consommation se stabilise à l’horizon 2020. L’intensité énergétique, c’est-à-dire le rapport entre la consommation d’énergie et la croissance, diminue globalement dans le monde de 1,1 % par an, parce que la consommation totale d’énergie s’accroît de 2 % par an alors que l’activité économique progresse de 3,1 % annuels. Cette baisse de l’intensité est la suite de la tendance observée dans les 15 dernières années.

Certes, la demande ventilée par type d’énergie permet de déduire certaines indications utiles sur l’avenir, mais pour mener plus loin l’analyse, il faut passer outre ce niveau de détail et centrer l’attention sur les quatre principales utilisations de l’énergie, qu’il est convenu d’appeler des services énergétiques. Il s’agit de l’utilisation d’énergie, sous diverses formes, pour produire de l’électricité ; de l’utilisation d’électricité ; de celle de combustibles fossiles aux fins de la mobilité (transports) ; et, enfin, de l’utilisation de combustibles fossiles pour des applications fixes, par exemple le chauffage des logements et de l’eau. Ces utilisations sont portées sur le second graphique en regard du PIB.

Il importe de ne pas perdre de vue certaines tendances essentielles des utilisations de l’énergie. Dans la zone de l’OCDE et dans le monde, la consommation d’électricité et l’utilisation d’énergie pour les transports ont suivi de près l’évolution de la production économique jusqu’en 1995. S’agissant de la demande de mobilité, les chocs des prix pétroliers de 1973 et 1979 ne l’ont guère influencée, mais elle s’est quelque peu infléchie en Amérique du Nord entre 1979 et 1982, notamment à cause des normes de consommation de carburant adoptées par les constructeurs automobiles aux États-Unis. En revanche, la demande de combustibles fossiles pour les applications fixes a réellement subi le contrecoup des deux chocs pétroliers. Les efforts ultérieurs visant à améliorer l’efficacité énergétique, le poids grandissant des activités économiques axées sur les services et la relocalisation de certaines activités industrielles dans des pays en développement expliquent la stabilisation de la demande de combustibles fossiles pour des usages thermiques dans l’ensemble des pays de l’OCDE depuis.

Une tendance intéressante se dessine depuis la fin des années 70, du fait que la consommation de combustibles fossiles pour le chauffage s’est accrue, en majeure partie en dehors de la zone de l’OCDE. Son essor est induit par le développement économique, en particulier dans l’industrie, et par la substitution de formes d’énergie commerciale aux combustibles traditionnels non commerciaux. En outre, la hausse des revenus s’accompagne d’un effet de saturation pour certaines utilisations de l’énergie : citons, par exemple, le chauffage des logements ainsi que des immeubles à usage public et commercial. Dans les pays à revenu élevé, la plupart des bâtiments sont d’ores et déjà chauffés au niveau optimal de confort et, si le PIB progressait de 50 %, on ne les chaufferait pas davantage pour autant. Néanmoins, si leur nombre et leurs dimensions augmentaient, la consommation d’énergie s’accroîtrait bien entendu en conséquence.


Après Kyoto

Dans la période de prévision qui s’étend jusqu’en 2020, selon le modèle de l’AIE de politiques inchangées, la demande mondiale d’électricité et d’énergie pour la mobilité ne cesse de croître. En revanche, la demande de combustibles fossiles pour les applications fixes est appelée à marquer un palier dans la zone de l’OCDE, mais elle continuera d’afficher une tendance à la hausse en Chine et dans les pays en développement, allant de pair avec l’industrialisation rapide. Quant à la demande d’énergie des producteurs d’électricité, elle suivra l’évolution de la demande d’électricité, mais l’on s’attend à un ralentissement de sa croissance au fur et à mesure que seront installées de nouvelles centrales à meilleur rendement.

Qu’en serait-il, cependant, si l’on modifiait les politiques énergétiques en vigueur avant la conférence de Kyoto en adoptant de nouvelles mesures en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie ? Selon les prévisions de l’AIE, la consommation future d’énergie dans le monde serait très différente de celle que laissent supposer les projections tablant sur le maintien du statu quo, et cela ne s’explique pas uniquement parce que la croissance économique, les prix de l’énergie, la technologie et le comportement des consommateurs peuvent évoluer au fil du temps. La différence tient surtout au fait que les scénarios de politiques inchangées sont tout simplement inacceptables, en particulier compte tenu de la concentration croissante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Par conséquent, les gouvernements des pays développés voudront changer la situation, comme en témoigne la conférence de Kyoto.

Il est impossible d’élaborer des prévisions exactes de l’offre et de la demande d’énergie, ou des émissions de CO2, sans d’abord connaître les politiques à mettre en œuvre et analyser leurs effets potentiels. Pour ce faire, il manque encore certains éléments de base, mais l’on peut quand même se forger une idée des secteurs où des réductions des émissions de CO2 seraient possibles et de la participation qui sera demandée aux consommateurs d’énergie à cet effet.


Des politiques de prix plus efficaces

Les politiques qui tendent, par la voie de la réglementation, à réduire uniformément l’intensité énergétique dans tous les secteurs et tous les pays aboutiront probablement, pour les consommateurs, à une perte de bien-être plus grande que des politiques de prix souples et qui s’adaptent à des conjonctures différentes. Tout bien considéré, il y a plus de chances que les politiques des prix réussissent à freiner les émissions de CO2 là où la nécessité s’en fait le plus sentir. (Notre analyse, menée dans une optique régionale globale, n’a pas pris en compte la possibilité que des pays remplissent leurs obligations par le biais d’activités exécutées conjointement, ou bien de transferts ou échanges de droits d’émission.)

La production totale d’électricité diminue dans les régions Amérique du Nord et Pacifique de l’OCDE par suite des restrictions de la demande finale d’énergie électrique imposées dans l’Analyse 1 de Kyoto ; la valeur du carbone qui s’ajoute aux prix des combustibles fossiles dans l’Analyse 2 de Kyoto produit un effet similaire, c’est-à-dire un recul de la demande. Qui plus est, quand la demande d’électricité s’accroît plus lentement, on construit moins de centrales.

Dans la région Europe de l’OCDE, la valeur du carbone ajoutée aux prix des combustibles fossiles ferait augmenter la demande d’électricité en raison d’un effet d’élasticité-prix croisé : la hausse des prix intérieurs du gaz entraînerait une progression de la part relative de l’électricité dans la demande finale pour le chauffage, or cette substitution ferait plus que compenser toute réduction de la demande d’électricité due à l’augmentation volontaire de son prix. Cependant, comme les nouvelles centrales seraient pour la plupart alimentées au gaz de toute façon, les émissions globales selon les analyses de Kyoto seraient plus faibles que les prévisions correspondantes du scénario de statu quo.

Les scénarios fondés sur les lois du marché et la réglementation prévoient, l’un comme l’autre, que la réduction des émissions nécessaire pour respecter les engagements pris à Kyoto s’obtient, pour moitié, à la faveur d’une expansion de la production d’électricité à partir d’énergie non fossile (nucléaire ou énergies renouvelables) pour remplacer les centrales au charbon, qui seront pour la plupart les premières à être déclassées. Il s’ensuit que, d’après les analyses de Kyoto, dans toutes les régions et à l’horizon 2010, la production d’électricité à partir de charbon est sensiblement inférieure à celle du scénario de politiques inchangées.

Les analyses de Kyoto sont encourageantes, bien que les résultats qu’elles permettent d’obtenir ne doivent être considérés qu’à titre indicatif et ne correspondent pas nécessairement à ceux qui interviendront réellement. Dans la pratique, les pouvoirs publics vont sans doute associer des changements implicites ou explicites des signaux des prix à des réglementations plus strictes. Quoi qu’il en soit, des réductions des émissions de CO2 auront lieu, même si les pouvoirs publics ne décident pas de changements d’orientation ; au surplus, le scénario de maintien du statu quo prend déjà en compte des estimations à cet égard.

On peut faire appel à plusieurs formules possibles, associant les économies d’énergie et la substitution interénergétique, pour aider à tenir les engagements pris à Kyoto. Pour les gouvernements, la prochaine étape sera de trouver le dosage des politiques qui cadre le mieux avec leur contexte national. Néanmoins, ces formules supposent toutes une inflexion décisive des tendances passées et il y aura des difficultés pratiques considérables. Étant donné qu’il reste relativement peu de temps, d’ici aux échéances comprises entre 2008 et 2012, pour respecter comme prévu les engagements de Kyoto, cela prouve que rien n’aura lieu si les gouvernements ne mettent pas en place les politiques et les mesures appropriées.

Selon les analyses de Kyoto, seule une action déterminée aboutira aux résultats souhaités. Cependant, l’étude de l’AIE montre aussi l’importance de la Chine et des autres pays en développement dans l’augmentation des émissions mondiales de CO2. Ces pays joueront un rôle considérable dans l’élaboration d’une solution à long terme du problème des gaz à effet de serre.


L’analyse de l’AIE cherche à mettre en lumière les possibilités et les contraintes et prend pour hypothèse que chaque région de l’OCDE s’efforcera de remplir ses engagements de Kyoto à l’horizon 2010. Deux analyses ont donc été menées, l’une fondée sur la réglementation, et l’autre sur la hausse des prix.

Dans le premier cas, l’«Analyse 1 de Kyoto», la moitié environ de la réduction des émissions de CO2 est obtenue en imposant une diminution additionnelle uniforme de 1,25 % par an de l’intensité énergétique dans tous les secteurs de demande finale et dans tous les pays de l’OCDE entre 1998 et 2010. L’autre moitié résulte du remplacement des combustibles fossiles dans la production d’électricité par de l’énergie non fossile, c’est-à-dire le nucléaire ou les sources d’énergie renouvelables.

Dans le second scénario, l’«Analyse 2 de Kyoto», au lieu de recourir à la réglementation, une valeur uniforme attribuée au carbone, autrement dit une taxe, s’ajoute au prix des combustibles fossiles, en fonction de leur teneur en carbone, dans la zone de l’OCDE. Cette surtaxe, qui serait suffisante pour induire la moitié environ de la baisse nécessaire des émissions de CO2 en vertu des objectifs de Kyoto, a été estimée à 250 dollars par tonne de carbone.

Du point de vue de leurs incidences, les deux analyses présentent des disparités frappantes. Des réactions et une dynamique différentes du côté des consommateurs entraînent, d’après l’Analyse 2 fondée sur le jeu du marché, des évolutions de la consommation très variables selon les types d’énergie et leurs applications. Par exemple, dans l’ensemble de l’OCDE, la consommation d’électricité et d’énergie pour répondre aux besoins de mobilité est beaucoup moins sensible aux prix que la demande de combustibles fossiles pour des applications fixes. C’est donc sur la demande de fioul domestique par exemple que l’impact de la valeur attribuée au carbone se ferait le plus sentir. Dans la région Amérique du Nord, la demande d’énergie est en général plus sensible aux prix que partout ailleurs dans l’OCDE. En effet, les prix de l’énergie y sont très faibles au départ, c’est pourquoi toute taxe venant s’y ajouter produit un effet marginal plus grand sur le coût total.



1 commentaires:

Diaby Hamed Aly a dit…

continue c bien;je veux des infos sur les OM days
aLY

 
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