lundi 25 février 2008

Parlons Ecologie, Evironnement, pollutions et nuisances



Nous parlerons de l’écologie, mais aussi de la nature, de l’environnement, des pollutions ou des nuisances.
Quelques définitions

Ecologie : Etude scientifique des rapports des êtres vivants avec leur milieu naturel. Par extension le même mot désigne une idéologie, un «écologisme », ou une politique orientée par la défense du milieu naturel, la protection du cadre de vie et de l’environnement.

Ecologue : Scientifique spécialiste de l’écologie.

Ecologiste : Adepte de l’écologie comme doctrine, idéologie ou politique.

Ecosystème : Ensemble naturel formé par les éléments physiques et vivants (animaux et végétaux) et leurs interrelations.


Nature
: Réalité physique existant indépendamment de l’homme, et dont l’homme est partie prenante. Environnement : Ensemble des éléments naturels et artificiels qui constituent le cadre de vie d’un individu.

Polluer : Rendre malsain ou dangereux pour un quelconque être vivant un milieu naturel en répandant des matières toxiques ; infecter, souiller quelque chose par des agents physiques, chimiques ou biologiques.

Nuisance : Elément qui provoque de l’inconfort, de la gêne ou du danger ; un dommage, un tort, un préjudice.

Depuis quand l’homme a-t-il commencé à modifier son environnement ?

Dès qu’ils surent maîtriser le feu, les hommes du Paléolithique purent modifier les milieux naturels, favorisant ainsi la constitution de steppes propices aux grands ongulés chassables.

Les premiers changements ans les régions tropicales les incendies régulièrement allumés par les hommes du Paléolithique inférieur (les premières traces du feu maîtrisé apparaissent vers - 500 000 ans) causèrent la destruction de vastes surfaces de forêts primitives. Ces pratiques ont favorisé la constitution de steppes de graminées et de savanes, en Afrique occidentale et en Asie du sud-est. Il y a une dizaine de millénaires, les (paléo) indiens d’Amérique du Nord ont étendu de la même façon la «prairie» pour favoriser le bison.

Au cours de ce processus d’ouverture des milieux, et toujours avec l’aide du feu, les chasseurs exterminèrent plusieurs espèces animales géantes. Il y a environ 50 000 ans, plus de la moitié des grands mammifères disparaissent de la sorte. Exemple : les mammouths et le bison antique en Amérique du Nord. Il faut alors environ 20 km2 pour nourrir un être humain.

Les premières causes de déséquilibre e développement de l’agriculture, seconde révolution causée par l’homme, permet, au Néolithique, un accroissement démographique sans précédent.

La grande faune sauvage est systématiquement éliminée car elle concurrence ou menace les animaux domestiques. Les forêts sont en grande partie remplacées par des pâturages et des cultures. Il ne faut plus alors que quelques hectares pour nourrir un agriculteur du Néolithique. La civilisation agraire a modifié profondément les milieux mais elle s’appuie encore sur des "rythmes naturels" : jour-nuit, saisons, fécondations, fertilisations et luttes biologiques.
Les bouleversements contemporains : les sociétés technologiques

L’invention des premières machines, l’application de nouvelles techniques et l’industrie ont provoqué une régression des milieux vivants, la modification des flux d’énergie, l’utilisation d’énergies fossiles non renouvelables à court terme. Trop souvent les prélèvements des ressources sur les écosystèmes dépassent leur niveau de productivité et diminuent d’autant les capacités de production future.

Quelles sont les limites de l'environnement de l'homme

Ce sont celles des milieux terrestre, aquatique et aérien que l’homme peut fréquenter.

Tous ces espaces dépendent les uns des autres et réagissent entre eux. Fréquentés réellement ou non par l’homme, ils sont toujours plus ou moins influencés par lui.


Il faut distinguer :

es limites des espaces où la vie est possible : la biosphère. Il s’agit d’une tranche de 35 km maximum d’épaisseur qui comprend :

- une partie de l’atmosphère (25 km), partie gazeuse entourant l’atmosphère ;

- l’hydrosphère (10 km maximum d’épaisseur), partie liquide de la croûte terrestre ;

- quelques mètres de lithosphère (couche externe du globe terrestre) : le sol.
La biosphère ne représente que 0,5 % de l’ensemble atmosphère + Terre dont le rayon total est de 6 770 km.

Les limites des espaces occupés par les hommes, c’est-à-dire la surface des terres émergées habitables, soit 26,3 % de la superficie de la planète.

Quelques chiffres :

· Surface totale de la Terre : 510 000 000 km2.

· Surface des terres immergées : 360 000 000 km2 (soit 70,7 %).

· Surface des terres émergées : 149 000 000 km2 (soit 29,3 %).

· Surface des terres habitables : 134 000 000 km2 (soit 26,3%).

· Altitude maximale habitée (hauts plateaux tibétains) : 4 500 m.

· Circonférence de la Terre : 40 000 km.

· Rayon moyen : 6 370 km.

Existe-t-il un "capital planète"

à gérer pour l'avenir ?

Oui, car l’homme fait partie d’un ensemble unique d’où il tire les ressources pour vivre. Préserver ce capital est vital à long terme.

La notion de « capital planète » doit être considérée à plusieurs niveaux.

1. A l’échelle de l’univers, la terre est la seule planète du système solaire où existe la vie telle que nous la connaissons. On ne connaît pas d’autre système solaire identique au nôtre dans notre galaxie. Nous sommes en présence d’un phénomène unique dans notre proche univers.

2. A l’échelle planétaire, la vie végétale et animale est la partie essentielle de ce «capital planète ». Il s’agit d’un phénomène évolutif, instable. On connaît assez bien les stades d’évolution passés, mais on ne connaît pas les étapes à venir : quels autres groupes de plantes et d’animaux apparaîtront au cours des millions d’années à venir ? Comment l’espèce humaine va-t-elle évoluer ? L’homme ne doit pas entraver cette évolution ; il doit conserver la diversité des espèces et leurs habitats, éviter aussi la modification définitive de leurs caractères par des modifications génétiques non maîtrisées. Cette « biodiversité » - gènes, espèces et écosystèmes - a fait l’objet d’une convention internationale à Rio en juin 1992 .

3. A l’échelle de l’homme, le « capital planète » comprend d’abord les éléments indispensables à sa survie : l’air, l’eau, doivent être sains ; la terre fertile. Il comprend également l’ensemble des ressources utilisées pour le développement des sociétés humaines et l’amélioration de leur confort, soit l’ensemble des ressources minérales et énergétiques, qui peuvent être classées en quatre groupes.


Ressources renouvelables (1)

Ressources non renouvelables à court terme

Ressources recyclables (2)

eau
air
papier...

métaux

Ressources non recyclables

combustibles d’origine végétale (alcools...)

pétrole, charbon et autres combustibles fossiles

Des techniques nouvelles permettent, aujourd’hui, de rentabiliser des gisements où la ressource est peu concentrée et d’en découvrir de nouveaux. Ceci permet de penser que le problème de l’épuisement des minerais métallifères ne se pose pas. Seul subsiste celui des sources d’énergie et des déchets produits. Il apparaît donc nécessaire de s’orienter, par une transition douce, vers une industrie où le recyclage des matériaux et l’utilisation d’une énergie renouvelable, comme l’électricité d’origine hydraulique, seraient prépondérants. Ceci impliquerait aussi la production d’appareils d’usage courant plus durables et réparables et également plus économes en énergie

(1) Une ressource est considérée comme renouvelable quand les mécanismes de sa production compensent les effets de son prélèvement.
(2) Une ressource est considérée comme recyclable quand les produits de son utilisation permettent de reconstituer une partie de la ressource initiale.

Les limites de l’espace de l’homme peuvent-elles être déplacées ?

Oui, aujourd’hui les progrès technologiques permettent à l’homme de repousser les limites de son espace vital.

L’organisme humain doit, pour son fonctionnement :

  • maintenir constante (à 37° C) la température de son corps ; il est qualifié pour cela d’homéotherme, comparativement aux animaux, dits à sang froid, comme les poissons ou les reptiles, classés parmi les hétérothermes ;
  • se nourrir régulièrement et utiliser le dioxygène de l’air pour produire l’énergie nécessaire au maintien de cette température.

Plus les hommes s’éloignent des zones à climat tempéré, humide, plus les difficultés rencontrées sont grandes : froid dans les zones polaires, chaleur et sécheresse dans les régions tropicales désertiques.

A titre expérimental, l’homme peut reconstituer un environnement artificiel qui lui permet de survivre pendant plusieurs mois, dans des milieux naturels où normalement la vie est impossible : stations polaires, stations désertiques, bathyscaphes, stations spatiales.

La réalisation à grande échelle de stations artificielles (villes spatiales) serait envisageable. Leur coût énorme, lié à la grande quantité d’énergie nécessaire pour les faire fonctionner a, jusqu’à présent, empêché leur fabrication.

Les océans couvrent environ les trois quarts de la surface terrestre qui sont autant d’espace disponible à conquérir pour l’homme.

On peut néanmoins se poser la question de l’enjeu de telles réalisations pour le développement durable de l’humanité.

L’équilibre terrestre peut-il être modifié naturellement ?

L’histoire de la vie sur Terre n’est qu’une succession de modifications naturelles de l’équilibre.

L’expression "équilibre terrestre" suggère une grande stabilité, matérialisée par la pérennité des grands ensembles naturels et des phénomènes qui leur sont associés : les mers, les montagnes, le cycle régulier des saisons, etc.

En fait, la Terre n’a pas toujours existé dans son état actuel. Elle est apparue dans le système solaire il y a environ 4,5 milliards d’années, à la suite de l’agrégation d’astéroïdes. Le dégazage de la planète a alors produit une atmosphère primitive ; puis les océans se sont formés par condensation de la vapeur d’eau atmosphérique, consécutivement au début du refroidissement de la Terre. Les premières cellules vivantes, très simples, datent d’environ 3,6 milliards d’années ; il s’agissait d’une vie différente car l’oxygène est apparu dans l’atmosphère il y a seulement deux milliards d’années.

Les premiers vertébrés (poissons), puis les batraciens, les grands reptiles (dinosaures) et les mammifères apparurent successivement il y a 500, 200, 60 millions d’années. Dans cette évolution, l’espèce humaine âgée de 5 à 6 millions d’années fait figure de dernière née. Dans un résumé de l’histoire de la Terre, étalé sur une de nos années, les premiers hommes n’apparaîtraient que le 31 décembre vers 21 heures !

En se limitant à la géographie de l’Europe Occidentale, les générations d’hommes qui se sont succédé auraient noté, si elles en avaient eu les moyens, d’importants bouleversements au cours des 4 à 5 derniers millions d’années :

bulletassèchement total de la Méditerrannée, à la suite de la fermeture du Détroit de Gibraltar, puis son retour à l’état actuel après sa réouverture ;

bullet assèchement partiel de la Mer du Nord et de la Manche, conséquence d’une baisse générale du niveau des océans pendant les glaciations, la Tamise et la Seine se jetant dans un delta commun au large du Cotentin actuel ;

bullet apparition, puis disparition, d’une calotte glaciaire sur la Scandinavie actuelle, identique à celle du Groënland actuel, ainsi que sur les Alpes, les glaciers arrivant jusqu’à Lyon ;

bullet formation d’une chaîne de montagnes volcanique comprenant plusieurs dizaines de cônes dans le Massif Central dont il ne reste plus aujourd’hui que les formes fossiles, l’activité volcanique ayant complètement cessé.

Dans 4 à 5 milliards d’années le soleil se sera complètement dilaté à la suite d’une évolution commune à toutes les étoiles. L’ensemble des planètes qui l’entourent, dont la Terre, sera brûlé et retournera à l’état de poussière spatiale.

L’état actuel de la Terre n’est donc qu’une étape de son évolution. L’impression de stabilité ressentie par les hommes est due à la lenteur des modifications de l’écorce terrestre, comparativement à la rapidité de l’écoulement de la vie d’un homme.

La perspective d’une fin inéluctable de toute vie sur Terre ne doit pas pour autant inciter les hommes d’aujourd’hui à l’irresponsabilité. Notre "capital planète" doit être géré à très long terme et son avenir est entre les mains de l’homme.

Depuis quand l'homme pollue-t-il ?

Dès qu’il a abandonné sur un même site des quantités importantes de déchets, l’homme a perturbé le fonctionnement originel de certains milieux.

Il y a pollution chaque fois qu’une accumulation importante et brutale de substance nouvelle se produit. Il n’est pas nécessaire que cette substance soit toxique en soi ; ce sont les conséquences de son accumulation qui peuvent être la cause de la pollution.

Un cas très ancien illustre ce mécanisme. Les plaines de Mésopotamie (région de l’Irak actuel) étaient, il y a six ou sept mille ans, le grenier à blé du Moyen-Orient. Elles furent irriguées, afin d’accroître les rendements, avec les eaux des fleuves. Mais l’absence de drainage naturel, en profondeur, provoqua l’accumulation des eaux infiltrées, puis leur remontée en surface, où elles s’évaporèrent, tout en déposant les sels dissous. Ces dépôts devinrent si importants au fil des siècles qu’ils entraînèrent la stérilisation progressive des terres. La Mésopotamie, jadis très riche, berceau d’une des premières civilisations humaines, est aujourd’hui un désert.

Vers 1700, en Italie, des habitants de Finale furent intoxiqués par les déchets d’une usine de traitement de minerai de mercure.

Au XVIIIe siècle, l’exploitation de mines de cuivre et de zinc au Pays de Galles provoqua la disparition de la végétation.

Mais c’est avec l’essor industriel qui suivit la deuxième guerre mondiale, à partir de 1945, que les cas de pollution se multiplièrent.

mercredi 26 septembre 2007

L’énergie

L’energie est le moteur de la croissance économique et elle est indispensable pour atténuer la pauvreté. Toutefois, sa consommation est très inégalement répartie. Les pays les plus riches du monde, qui abritent environ un cinquième de la population mondiale, sont responsables de plus de la moitié de la consommation énergétique à usage commercial. Par contre, quelque 2 milliards de personnes – un habitant de la Terre sur trois – n’ont pas accès à l’énergie moderne. Ils sont tributaires de combustibles traditionnels comme le bois, les déchets agricoles et les déjections animales.
En général, toute utilisation d’énergie – par les riches comme par les pauvres – nuit à l’environnement. L’utilisation des combustibles fossiles est la principale source de gaz carbonique, le plus nocif des gaz à effet de serre ; il est également à l’origine des pluies acides et d’une pollution de l’air nuisible à la santé. Quant à l’utilisation des combustibles traditionnels, elle emplit les logements des pauvres de fumées toxiques qui provoquent chaque année la mort de centaines de milliers de personnes.

Pourtant, l’avenir s’annonce bien. Un nombre croissant d’études indiquent que les pays riches pourraient réduire leur consommation énergétique – tout en maintenant leur niveau actuel de croissance économique – en augmentant considérablement l’efficacité de leurs installations. De plus en plus, les sources d’énergies renouvelables non polluantes promettent de réduire la pollution tout en répondant aux besoins des pauvres. Au cours des vingt prochaines années, 15 billions de dollars seront investis dans de nouveaux équipements énergétiques. La manière dont ces fonds seront investis sera cruciale pour notre avenir.



Le charbon fut le moteur de la révolution industrielle dans les pays développés. Il continue à fournir un tiers environ de l’énergie commerciale du monde et produit environ les deux cinquièmes de son électricité. Son utilisation est en baisse dans la plupart des pays industriels et la Chine, le plus gros utilisateur mondial de charbon, vient également de diminuer sa consommation. Les ressources ne manquent pas et elles pourraient durer des centaines d’années. Le problème, c’est que le charbon est la plus polluante de toutes les sources d’énergie, puisque c’est lui qui émet les quantités les plus importantes de gaz carbonique et d’autres polluants de l’air. Toutefois, de nouvelles technologies permettant sa combustion propre sont en cours de développement.

Le petrole et le gaz fournissent ensemble les deux tiers environ de l’énergie commerciale du monde et ce sont eux qui ont alimenté la majeure partie de la croissance économique des cinquante dernières années. Leur utilisation continue à augmenter et cette tendance n’est pas prête de s’inverser. Mais leur combustion produit elle aussi du gaz carbonique et d’autres polluants. Ils alimentent la quasi totalité des véhicules du monde mais un nombre croissant d’experts s’accordent à penser qu’ils seront remplacés par l’hydrogène d’ici le milieu du siècle.




Les 435 réacteurs nucléaires du monde produisent environ 6 % de son énergie commerciale, et 16 % de son électricité. Mais cette part devrait décliner. Depuis quinze ans, on construit peu de centrales nucléaires : les Etats-Unis, par exemple, n’en ont pas commandé depuis plus de vingt ans. L’énergie nucléaire pollue moins que les combustibles fossiles et ne produit pas de gaz à effet de serre. Mais la peur des conséquences liées aux accidents (en particulier suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986), l’incapacité à résoudre les problèmes posés par les déchets, la hausse des coûts et une opposition farouche ont démenti ses promesses initiales.



Les énergies renouvelables fournissent environ 4 % de l’énergie commerciale du monde, la moitié de ce chiffre provenant de l’hydroélectricité. L’énergie solaire et l’énergie éolienne sont les deux sources connaissant la plus forte expansion, mais elles sont encore très peu développées. En théorie, elles pourraient largement répondre aux besoins énergétiques de l’humanité, et ce sans polluer – mais on ne sait pas très bien dans quels délais. Les estimations concernant leur part de la fourniture énergétique du monde dans la seconde moitié du siècle s’échelonnent entre 20 % et 50 %.





L'énergie dans le monde d'ici à 2020 : perspectives et défis

Quelles sont les principales tendances de l’offre et de la demande mondiales d’énergie envisageables pour les deux prochaines décennies ? Les prévisions de l’AIE font ressortir certains défis fondamentaux auxquels sont confrontés les gouvernements.

Il y a deux façons d’envisager l’avenir de l’offre et de la demande d’énergie et d’en étudier les conséquences. L’une consiste à tabler sur le maintien du statu quo : l’on n’adoptera pas de nouvelles politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie. L’autre mise sur une adaptation des politiques énergétiques en vigueur avant la conférence de Kyoto de décembre 1997 pour s’attaquer aux problèmes de la pollution et du changement climatique. Cette conférence a débouché sur un protocole à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui oblige les pays développés (sous réserve de son entrée en vigueur) à réduire globalement de 5 % environ, par rapport aux niveaux de 1990, les émissions de six gaz à effet de serre (GES) d’ici à des échéances se situant entre 2008 et 2012. Kyoto exercera sans doute une influence sur l’offre et la demande futures d’énergie, mais pour comprendre comment cela se fera, il serait intéressant de se pencher sur le scénario qui table sur des politiques inchangées.


Poussée des émissions

Si les politiques énergétiques en vigueur aujourd’hui demeuraient inchangées, la demande mondiale d’énergie augmenterait de 65 %, et les émissions de dioxyde de carbone (CO2) d’au moins 70 %, entre 1995 et 2020. Cette hausse très rapide repose sur l’hypothèse d’un taux de croissance économique mondiale de 3,1 % par an, calculé sur la base du dollar des États-Unis de 1990 et corrigé pour tenir compte des parités de pouvoir d’achat : ce taux n’a rien d’exceptionnel, puisqu’il avoisine celui enregistré depuis 1971. Il est en revanche frappant de noter que les deux tiers de l’accroissement de la demande d’énergie entre 1995 et 2020 seront le fait de la Chine et des autres pays en développement. Les émissions de CO2 devraient donc s’accroître, selon ce scénario, sous l’effet de la stabilisation de la production électronucléaire de par le monde, et de la croissance rapide et ininterrompue de la consommation de charbon en Chine et dans d’autres pays d’Asie.

Le premier graphique donne un aperçu des prévisions de l’AIE concernant la demande mondiale d’énergie, par source, en cas de politiques inchangées. Le pétrole continue à occuper une place prédominante dans la consommation mondiale d’énergie, et la part du total revenant à son utilisation dans les transports s’accroît. La consommation de gaz augmente et se rapproche de la consommation de charbon. Le graphique montre aussi que l’hydroélectricité et les énergies renouvelables progressent régulièrement, mais que leur utilisation reste faible. Quant à l’énergie nucléaire, sa consommation se stabilise à l’horizon 2020. L’intensité énergétique, c’est-à-dire le rapport entre la consommation d’énergie et la croissance, diminue globalement dans le monde de 1,1 % par an, parce que la consommation totale d’énergie s’accroît de 2 % par an alors que l’activité économique progresse de 3,1 % annuels. Cette baisse de l’intensité est la suite de la tendance observée dans les 15 dernières années.

Certes, la demande ventilée par type d’énergie permet de déduire certaines indications utiles sur l’avenir, mais pour mener plus loin l’analyse, il faut passer outre ce niveau de détail et centrer l’attention sur les quatre principales utilisations de l’énergie, qu’il est convenu d’appeler des services énergétiques. Il s’agit de l’utilisation d’énergie, sous diverses formes, pour produire de l’électricité ; de l’utilisation d’électricité ; de celle de combustibles fossiles aux fins de la mobilité (transports) ; et, enfin, de l’utilisation de combustibles fossiles pour des applications fixes, par exemple le chauffage des logements et de l’eau. Ces utilisations sont portées sur le second graphique en regard du PIB.

Il importe de ne pas perdre de vue certaines tendances essentielles des utilisations de l’énergie. Dans la zone de l’OCDE et dans le monde, la consommation d’électricité et l’utilisation d’énergie pour les transports ont suivi de près l’évolution de la production économique jusqu’en 1995. S’agissant de la demande de mobilité, les chocs des prix pétroliers de 1973 et 1979 ne l’ont guère influencée, mais elle s’est quelque peu infléchie en Amérique du Nord entre 1979 et 1982, notamment à cause des normes de consommation de carburant adoptées par les constructeurs automobiles aux États-Unis. En revanche, la demande de combustibles fossiles pour les applications fixes a réellement subi le contrecoup des deux chocs pétroliers. Les efforts ultérieurs visant à améliorer l’efficacité énergétique, le poids grandissant des activités économiques axées sur les services et la relocalisation de certaines activités industrielles dans des pays en développement expliquent la stabilisation de la demande de combustibles fossiles pour des usages thermiques dans l’ensemble des pays de l’OCDE depuis.

Une tendance intéressante se dessine depuis la fin des années 70, du fait que la consommation de combustibles fossiles pour le chauffage s’est accrue, en majeure partie en dehors de la zone de l’OCDE. Son essor est induit par le développement économique, en particulier dans l’industrie, et par la substitution de formes d’énergie commerciale aux combustibles traditionnels non commerciaux. En outre, la hausse des revenus s’accompagne d’un effet de saturation pour certaines utilisations de l’énergie : citons, par exemple, le chauffage des logements ainsi que des immeubles à usage public et commercial. Dans les pays à revenu élevé, la plupart des bâtiments sont d’ores et déjà chauffés au niveau optimal de confort et, si le PIB progressait de 50 %, on ne les chaufferait pas davantage pour autant. Néanmoins, si leur nombre et leurs dimensions augmentaient, la consommation d’énergie s’accroîtrait bien entendu en conséquence.


Après Kyoto

Dans la période de prévision qui s’étend jusqu’en 2020, selon le modèle de l’AIE de politiques inchangées, la demande mondiale d’électricité et d’énergie pour la mobilité ne cesse de croître. En revanche, la demande de combustibles fossiles pour les applications fixes est appelée à marquer un palier dans la zone de l’OCDE, mais elle continuera d’afficher une tendance à la hausse en Chine et dans les pays en développement, allant de pair avec l’industrialisation rapide. Quant à la demande d’énergie des producteurs d’électricité, elle suivra l’évolution de la demande d’électricité, mais l’on s’attend à un ralentissement de sa croissance au fur et à mesure que seront installées de nouvelles centrales à meilleur rendement.

Qu’en serait-il, cependant, si l’on modifiait les politiques énergétiques en vigueur avant la conférence de Kyoto en adoptant de nouvelles mesures en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie ? Selon les prévisions de l’AIE, la consommation future d’énergie dans le monde serait très différente de celle que laissent supposer les projections tablant sur le maintien du statu quo, et cela ne s’explique pas uniquement parce que la croissance économique, les prix de l’énergie, la technologie et le comportement des consommateurs peuvent évoluer au fil du temps. La différence tient surtout au fait que les scénarios de politiques inchangées sont tout simplement inacceptables, en particulier compte tenu de la concentration croissante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Par conséquent, les gouvernements des pays développés voudront changer la situation, comme en témoigne la conférence de Kyoto.

Il est impossible d’élaborer des prévisions exactes de l’offre et de la demande d’énergie, ou des émissions de CO2, sans d’abord connaître les politiques à mettre en œuvre et analyser leurs effets potentiels. Pour ce faire, il manque encore certains éléments de base, mais l’on peut quand même se forger une idée des secteurs où des réductions des émissions de CO2 seraient possibles et de la participation qui sera demandée aux consommateurs d’énergie à cet effet.


Des politiques de prix plus efficaces

Les politiques qui tendent, par la voie de la réglementation, à réduire uniformément l’intensité énergétique dans tous les secteurs et tous les pays aboutiront probablement, pour les consommateurs, à une perte de bien-être plus grande que des politiques de prix souples et qui s’adaptent à des conjonctures différentes. Tout bien considéré, il y a plus de chances que les politiques des prix réussissent à freiner les émissions de CO2 là où la nécessité s’en fait le plus sentir. (Notre analyse, menée dans une optique régionale globale, n’a pas pris en compte la possibilité que des pays remplissent leurs obligations par le biais d’activités exécutées conjointement, ou bien de transferts ou échanges de droits d’émission.)

La production totale d’électricité diminue dans les régions Amérique du Nord et Pacifique de l’OCDE par suite des restrictions de la demande finale d’énergie électrique imposées dans l’Analyse 1 de Kyoto ; la valeur du carbone qui s’ajoute aux prix des combustibles fossiles dans l’Analyse 2 de Kyoto produit un effet similaire, c’est-à-dire un recul de la demande. Qui plus est, quand la demande d’électricité s’accroît plus lentement, on construit moins de centrales.

Dans la région Europe de l’OCDE, la valeur du carbone ajoutée aux prix des combustibles fossiles ferait augmenter la demande d’électricité en raison d’un effet d’élasticité-prix croisé : la hausse des prix intérieurs du gaz entraînerait une progression de la part relative de l’électricité dans la demande finale pour le chauffage, or cette substitution ferait plus que compenser toute réduction de la demande d’électricité due à l’augmentation volontaire de son prix. Cependant, comme les nouvelles centrales seraient pour la plupart alimentées au gaz de toute façon, les émissions globales selon les analyses de Kyoto seraient plus faibles que les prévisions correspondantes du scénario de statu quo.

Les scénarios fondés sur les lois du marché et la réglementation prévoient, l’un comme l’autre, que la réduction des émissions nécessaire pour respecter les engagements pris à Kyoto s’obtient, pour moitié, à la faveur d’une expansion de la production d’électricité à partir d’énergie non fossile (nucléaire ou énergies renouvelables) pour remplacer les centrales au charbon, qui seront pour la plupart les premières à être déclassées. Il s’ensuit que, d’après les analyses de Kyoto, dans toutes les régions et à l’horizon 2010, la production d’électricité à partir de charbon est sensiblement inférieure à celle du scénario de politiques inchangées.

Les analyses de Kyoto sont encourageantes, bien que les résultats qu’elles permettent d’obtenir ne doivent être considérés qu’à titre indicatif et ne correspondent pas nécessairement à ceux qui interviendront réellement. Dans la pratique, les pouvoirs publics vont sans doute associer des changements implicites ou explicites des signaux des prix à des réglementations plus strictes. Quoi qu’il en soit, des réductions des émissions de CO2 auront lieu, même si les pouvoirs publics ne décident pas de changements d’orientation ; au surplus, le scénario de maintien du statu quo prend déjà en compte des estimations à cet égard.

On peut faire appel à plusieurs formules possibles, associant les économies d’énergie et la substitution interénergétique, pour aider à tenir les engagements pris à Kyoto. Pour les gouvernements, la prochaine étape sera de trouver le dosage des politiques qui cadre le mieux avec leur contexte national. Néanmoins, ces formules supposent toutes une inflexion décisive des tendances passées et il y aura des difficultés pratiques considérables. Étant donné qu’il reste relativement peu de temps, d’ici aux échéances comprises entre 2008 et 2012, pour respecter comme prévu les engagements de Kyoto, cela prouve que rien n’aura lieu si les gouvernements ne mettent pas en place les politiques et les mesures appropriées.

Selon les analyses de Kyoto, seule une action déterminée aboutira aux résultats souhaités. Cependant, l’étude de l’AIE montre aussi l’importance de la Chine et des autres pays en développement dans l’augmentation des émissions mondiales de CO2. Ces pays joueront un rôle considérable dans l’élaboration d’une solution à long terme du problème des gaz à effet de serre.


L’analyse de l’AIE cherche à mettre en lumière les possibilités et les contraintes et prend pour hypothèse que chaque région de l’OCDE s’efforcera de remplir ses engagements de Kyoto à l’horizon 2010. Deux analyses ont donc été menées, l’une fondée sur la réglementation, et l’autre sur la hausse des prix.

Dans le premier cas, l’«Analyse 1 de Kyoto», la moitié environ de la réduction des émissions de CO2 est obtenue en imposant une diminution additionnelle uniforme de 1,25 % par an de l’intensité énergétique dans tous les secteurs de demande finale et dans tous les pays de l’OCDE entre 1998 et 2010. L’autre moitié résulte du remplacement des combustibles fossiles dans la production d’électricité par de l’énergie non fossile, c’est-à-dire le nucléaire ou les sources d’énergie renouvelables.

Dans le second scénario, l’«Analyse 2 de Kyoto», au lieu de recourir à la réglementation, une valeur uniforme attribuée au carbone, autrement dit une taxe, s’ajoute au prix des combustibles fossiles, en fonction de leur teneur en carbone, dans la zone de l’OCDE. Cette surtaxe, qui serait suffisante pour induire la moitié environ de la baisse nécessaire des émissions de CO2 en vertu des objectifs de Kyoto, a été estimée à 250 dollars par tonne de carbone.

Du point de vue de leurs incidences, les deux analyses présentent des disparités frappantes. Des réactions et une dynamique différentes du côté des consommateurs entraînent, d’après l’Analyse 2 fondée sur le jeu du marché, des évolutions de la consommation très variables selon les types d’énergie et leurs applications. Par exemple, dans l’ensemble de l’OCDE, la consommation d’électricité et d’énergie pour répondre aux besoins de mobilité est beaucoup moins sensible aux prix que la demande de combustibles fossiles pour des applications fixes. C’est donc sur la demande de fioul domestique par exemple que l’impact de la valeur attribuée au carbone se ferait le plus sentir. Dans la région Amérique du Nord, la demande d’énergie est en général plus sensible aux prix que partout ailleurs dans l’OCDE. En effet, les prix de l’énergie y sont très faibles au départ, c’est pourquoi toute taxe venant s’y ajouter produit un effet marginal plus grand sur le coût total.



 
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